Au risque d’être redondante, j’aime autant reposer les bases des biais cognitifs bien que déjà abordées dans l’article sur Clubhouse et l’effet de rareté.

Le biais cognitif c’est quoi exactement ?

C’est un mécanisme psychologique qui va provoquer une altération du jugement entrainant parfois une prise de décision faussée. D’abord étudiés en psychologie cognitive, les biais cognitifs ont été exploités dans différents domaines comme le marketing et l’UX Design.

La compréhension des biais cognitifs permet en UX d’anticiper l’usage d’un produit, d’améliorer son expérience, d’engager l’utilisateur et de lui donner envie de revenir (rien que ça !)

Dans cet article, nous verrons comment Bumble utilise le biais de curiosité ou “Curiosity Gap” pour convertir ses utilisateurs (ou devrais-je dire, ses célibataires) en clients payants.

Un peu d’histoire …

En 1994, le psychologue George Loewenstein publie l’article «The psychology of curiosity» dans lequel il condense les études qu’il a mené sur le sujet de la curiosité.

Selon lui, la curiosité nait lorsque l’interlocuteur est titillé par un manque d’informations savamment dosé. Il appelle cette lacune, entre ce que l’on sait et ce que l’on aimerait ou devrait savoir, l’ “Information Gap”.

Et vous l’avez certainement vous même expérimenté. Vous savez, ces titres accrocheurs, voir démesurés, qui retiennent notre attention ?

“Vous ne croirez jamais ce que Elon Musk vient d’annoncer…”

Que se passe t-il ici ?

  • On me donne une bribe d’information : Elon Musk a annoncé quelque chose.
  • On provoque chez moi une émotion “Vous n’y croirez jamais..” (Woow, ce doit être important)
  • On m’incite à une action (cliquer sur le lien)

Je viens d’être victime d’un biais de curiosité et ce n’est pourtant pas la première fois…

Et oui, même en en ayant conscience, le biais de curiosité a énormément d’influence sur nos comportements. Ca nous titille. Ca donne vraiment envie de cliquer… Et Bumble l’a bien compris …

Vous connaissez Bumble ? Cette application de rencontre où les filles font le premier.

Le fonctionnement est très similaire à celui de Tinder. On me propose des célibataires autour de chez moi, je valide ou non. Et si l’utilisateur en face valide également mon profil, il y a match.

Bumble a su brillamment tirer partie du biais de curiosité qui sommeille en chacun de nous.

En haut de mon écran de conversations, un chiffre. Intrigant non ?

Je clique et je réalise que 40 personnes ont liké mon profil. Wow !

Sympa cette sensation non? Je ne sais pas encore de qui il s’agit, mais l’idée de plaire est plutôt agréable.

Qui donc se cache derrière ces profils? Les photos sont floues et mon imagination se met en marche.
Et si derrière ces profils se cachait l’homme de ma vie ?

 

Le pari est réussi. Bumble a attisé ma curiosité, j’ai exactement le bon dosage d’informations pour me sentir titillé.

Voyons voir ce qui se passe si je clique sur “Découvre qui a aimé ton profil”.

Une version premium, évidemment …

Cela m’embête de payer… Mais d’un côté, découvrir 40 profils qui ont envie de me rencontrer… Et puis je suis dans un super mood aujourd’hui ! Je plais, c’est Bumble qui me l’a dit.

Bon… Je tente. Au pire j’annulerai mon abonnement plus tard.

Hop ! Pari réussi. Bumble vous a converti.